Dimanche 27 janvier 2008
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MAI 68 AU JOUR LE JOUR
Du 26 janvier au 2 mars 2008
Base sous-marine de Bordeaux
Dans le cadre du cycle Photographes pour l’Histoire, la Base sous-marine présente une exposition consacrée à Mai 68.
Suivant un parcours chronologique, l’atmosphère des « événements » est ainsi restituée à travers le regard des photographes Bruno Barbey, Gilles Caron, Jean
Dieuzaide et de certains reporters de Sud Ouest.
Une sélection de « unes » de journaux, de slogans, d’affiches, de dessins de presse met parallèlement en valeur les moments-clés de cette période de crise qui aura
– n’en déplaise à certains – profondément marqué la société française.
L’exposition s’ouvre ainsi sur la reprise de l’article de Pierre Vianson-Ponté « Quand la France s’ennuie », paru dans Le Monde du 15 mars 1968.
Impossible de ne pas établir un parallèle avec l’époque actuelle lorsqu’on lit des phrases comme : « Quant aux jeunes ouvriers, ils cherchent du travail et n’en trouvent pas. Les
empoignades, les homélies et les apostrophes des hommes politiques de tout bord paraissent à tous ces jeunes, au mieux plutôt comiques, au pis tout à fait inutiles, presque toujours
incompréhensibles. Heureusement, la télévision est là pour détourner l’attention vers les vrais problèmes : l’état du compte en banque de Killy, l’encombrement des autoroutes, le tiercé, qui
continue d’avoir le dimanche soir priorité sur toutes les antennes de France. » Ou encore : « Seuls quelques centaines de milliers de Français ne s’ennuient pas : chômeurs,
jeunes sans emploi, petits paysans écrasés par le progrès, victimes de la nécessaire concentration et de la concurrence de plus en plus rude, vieillards plus ou moins abandonnés de tous. Ceux-là
sont si absorbés par leurs soucis qu’ils n’ont pas le temps de s’ennuyer, ni d’ailleurs le cœur à manifester et à s’agiter. Et ils ennuient tout le monde. La télévision, qui est faite pour
distraire, ne parle pas assez d’eux. Aussi le calme règne-t-il. »
Les prémices de la révolte apparaissent à la faculté de Nanterre, puis se déplacent vers la Sorbonne, sous l’impulsion de « l’anarchiste allemand Cohn-Bendit »
(pour reprendre les termes d’un certain Georges Marchais). Premiers heurts avec les forces de l’ordre, premiers jets de pavés saisis par l’objectif de Gilles Caron qui, photographiant un étudiant
en pleine action, dans une sorte d’état d’apesanteur, offre au mouvement l’une de ses plus belles icônes.
De la joyeuse pagaille qui règne dans les amphis occupés naît une frénésie d’expression qui ne tardera pas à se propager sur les murs de la ville grâce aux
sérigraphies produites par « l’Atelier populaire » des Beaux-Arts de Paris. Une salle entière de la base sous-marine fait ainsi découvrir une trentaine de ces affiches mythiques.
La contestation universitaire – que certains observateurs à l’étrangers et en particulier dans les pays de l’Est qualifieront de « révolution bourgeoise » – se
transforme bientôt en un mouvement social gigantesque qui s’étend à tout le pays : ouvriers, cheminots, agriculteurs, fonctionnaires, intellectuels et même (cela s’est vu !)…
séminaristes investissent la rue dans un grand mouvement de concertation qui ne s’était pas vu depuis le Front populaire. Et, progressivement, de mobilisations en grèves générales, la France se
retrouve à la fin du mois complètement paralysée. Le gouvernement de Pompidou vacille et, le 29 mai, de Gaulle, exaspéré par le chaos provoqué par « la chienlit » gauchiste, disparaît.
S’opère alors le grand revirement contre-révolutionnaire qui, lors du défilé de soutien au Général (conduit entre autres par Malraux et M. Debré) sur les
Champs-Élysées, va faire basculer l’opinion. De Gaulle, revenu de ses émotions et, par conséquent, aux affaires, provoque des élections législatives anticipées. On connaît la suite : le
scrutin, largement majoritaire pour les gaullistes, sonne le glas du mouvement de Mai 68. « L’ordre règne », « Retour à la normale », « La lutte continue », lit-on sur les affiches qui
persisteront pendant des semaines à grimper sur les murs.
40 ans après, que reste-t-il de Mai 68 ? Les visiteurs de la Base sous-marine pourront à loisir en débattre, échanger souvenirs et points de vue dans la salle
Café de Bordeaux où sont présentées 80 photos d’archive et des articles parus à l’époque dans le journal Sud Ouest.
A noter :
Un cycle de rencontres, conférences et spectacles programmé par Cap Science se poursuivra jusqu’au 30 mai 2008 (nous vous en reparlerons).
Docteur Schultz pour Bordeaux Avance
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