Interview de Jacques DUBOS, Président de TRANS’CUB depuis 2002
Pouvez-vous présenter l’association TRANS’CUB et ébaucher un historique de sa création ?
L’association est née en 1989 en concomitance avec le projet du métro à Bordeaux par la Communauté Urbaine (CUB).
Au sein de l’association écologiste Aquitaine Alternatives, Jean AZENSun jeune objecteur de conscience féru d’écologie et d’urbanisme, a entrepris un
travail et une réflexion sur les transports urbains, et le métro en particulier, afin d’en évaluer les conséquences.
Denis TEISSERE responsable de cette association et ce jeune étudiant ont, pour ce faire, parcouru plusieurs métropoles européennes pour en étudier les systèmes de
déplacements urbains en vue de participer au débat sur le métro et proposer une solution alternative.
Il fallait toutefois scinder cette initiative du cadre strictement écologique d’Aquitaine Alternatives, d’où la création de TRANS’CUB plus
particulièrement dédiée à la problématique des transports.
Le coordonnées de l’association, qui compte environ 150 membres, sont :
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Adresse : 150 rue Mondenard 33000 Bordeaux
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n° de téléphone : 05 56 52 30 20
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Courriel : contact@transcub.com
Parlez-nous alors de votre combat fondateur et des résultats obtenus
Dès le début, nous avons entrepris de fonctionner selon un système transparent et peu sujet à controverse sur la méthode, à savoir l’étude du dossier technique du
maître d’œuvre, la comparaison avec des projets similaires, l’information du public puis la formulation de propositions. Nous n’avons jamais dérogé à ces principes fondateurs, fait de rigueur et
de transparence.
A cet égard, il est à noter que TRANS’CUB n’a jamais été mis en défaut sur la véracité des chiffres avancés, dans le dossier du tramway, de l’eau, du
franchissement etc…
La tâche s’est révélée de grande ampleur d’autant que la totalité des élus de la CUB soutenaient le projet de métro-Val initié par Jacques CHABAN DELMAS. La
population semblait d’ailleurs, à ce moment là, favorable au projet.
A force d’études, de réunions studieuses, d’explications, de communication de rue, de requalification du contre-projet (« métro léger de surface » au
lieu de « tramway » alors connoté désuet), la population et les journalistes ont commencé à s’intéresser à notre démarche et nous avons réussi à inverser la tendance et à rallier à
notre projet le maire de Cenon, René BONNAC, qui fut un allié précieux au sein de l’instance communautaire.
Après plusieurs années de combat, la décision définitive du choix d’un tramway a été validée par la CUB en 1996.
TRANS’CUB est donc bien à l’initiative du Tramway à Bordeaux.
Si nous sommes satisfaits de ce dénouement, le tracé retenu ne satisfait pas l’intérêt général mais uniquement celui des élus de tous bords qui voulaient le
tramway, l’aménagement urbain associé et la technologie APS chez eux, sans se soucier du coût et des solutions alternatives moins chères et plus efficaces, tels le Tram/Train et le bus en site
propre dit « busway ». En la matière, les mauvaises habitudes de cogestion et de troc au sein de la CUB, ont continué de plus belle.
Forte de ce résultat, votre association s’est penchée sur un 2ème dossier brûlant, expliquez-nous lequel et
pourquoi ?
Il s’agit en effet de la gestion de l’eau, service public délégué depuis 1991 à la Lyonnaise des Eaux.
La délégation de service public ne peut être un mode de gestion efficient que si elle est corrélée par une mise en concurrence préalable des soumissionnaires, un
contrôle réel assumé par l’autorité publique, un formalisme sans faille dans la procédure de dévolution… Dans ce dossier, aucune de ces conditions n’est remplie et il s’agit pourtant d’une
concession trentenaire… !
TRANS’CUB s’est donc intéressée à ce dossier, dés 1994 !
Plus de 10 ans de discussions, actions juridiques, réunions publiques ont été nécessaires pour obtenir, en partie seulement, gain de cause.
Que de temps et d’argent perdu !
Grâce à l’action tenace de TRANS’CUB, ce dossier est sorti de l’ombre, mais les élus n’ont pas voulu défendre l’intérêt général qui commandait de dénoncer
le contrat existant. De ce fait ils n’ont récupérer que 200 M d’€ sur les 350 M d’€ de trop perçu.
Avec cette somme la Lyonnaise des Eaux va procéder aux travaux d’investissements de mise en conformité du réseau à sa charge exclusive. Ces travaux sont en cours de
réalisation.
Ce combat ainsi que le précédent a fait évoluer les statuts de TRANS’CUB afin que l’association puisse se saisir de tous les dossiers relevant de la
compétence de la CUB. C’est pourquoi, nous nous sommes engagés, entre autres, dans les dossiers suivants :
- Les bacs à déchets des ordures ménagères
et la gestion de leur renouvellement inutile et coûteux,
- L’affichage Giraudy et les entrées de
ville défigurées,
- Les parkings souterrains : leur
mode de gestion, leur utilité
- Les complexes cinéma et leur rôle néfaste
pour la ville centre et le développement durable,
- Le marché d’intérêt national de Bordeaux
et une réhabilitation coûteuse.
Par ailleurs, la campagne municipale de 1995 à laquelle quelques membres de TRANS’CUB - dont le président fondateur Denis TEISSEIRE - ont activement
participé en se présentant sur une liste de gauche ayant recueilli un peu plus de 16 % des voix, a permis à l’association de se voir représentée au sein de l’assemblée communautaire (1 élu) et de
l’assemblée municipale (2 élus) et d’avoir ainsi un accès facilité aux dossiers locaux.
Quels sont aujourd’hui les dossiers qui fâchent sur lesquels vous pourriez interpeller les candidats lors de la prochaine bataille
municipale ?
Le dossier primordial qui requiert aujourd’hui nos efforts est celui du franchissement de la Garonne, dont nous considérons que les modifications successives ont
dénaturé le projet initial.
En effet, il s’agissait au départ d’un projet de tunnel pour un franchissement strictement urbain puis par le jeu de recherche d’alliances pour en assurer le
financement (accord JUPPE-MADRELLE), le projet s’est rapidement transformé en pont autoroutier supportant 53 000 véhicules/jour dont 8 000 camions. La solution d’un tunnel à gabarit réduit
est la seule à répondre à toutes les fonctionnalités (franchissement urbain, priorité aux transports en commun, pérennité maritime du port de la Lune, environnement préservé).
Le projet de pont levant de la CUB vient de recueillir l’approbation de l’assemblée communautaire, avec il faut le noter, l’abstention ou le refus des élus PS et
verts de Bordeaux.
Ce projet surdimensionné va tourner le dos à 2 000 ans d’histoire maritime du port de bordeaux, hypothéquer le classement Unesco « de Bordeaux, port de la
lune », défigurer le paysage et polluer définitivement la vie des quartiers Bacalan/Chartrons & Bastide.
Il doit être un projet exemplaire en matière de développement durable (tarte à la crème des discours des élus de tous bords) avec un signal fort pour réduire le
trafic routier Poids Lourds & Voitures.
Nous serons vigilants pour que les actes soient en cohérence avec les discours.
Pourriez-vous citer une réalisation de la Communauté Urbaine et une réalisation de la Ville de Bordeaux qui vous semblent
positives ?
Concernant la CUB, dont les membres ne sont pas élus au suffrage universel, son mode de fonctionnement est basé sur la cogestion qui tend souvent à créer des effets
de donnant-donnant pour recueillir des majorités.
La création par le précédent président Alain Rousset, d’une inspection générale des services et de l’audit chargé d’évaluer la pertinence des projets, de leurs
coûts… nous semble être un bon exercice de transparence et d’efficience. Nous regrettons le départ forcé du responsable actuel de ce service et souhaitons voir pérenniser cette structure
transverse et son mode de fonctionnement, indépendant des services.
Concernant la ville de Bordeaux, la politique mise en œuvre pour réduire la place de la voiture dans la cité va dans le bon sens.
Votre conclusion …
Quel que soit le pouvoir en place, la démocratie a besoin d’associations citoyennes qui s’approprient et étudient à fond les dossiers. C’est ainsi que l’on
construit une opposition constructive complémentaire des élus.
Les élus de la CUB n’ont pas de compte à rendre par une élection au suffrage direct, la CUB n’a pas de contre-pouvoirs en son sein du fait du principe de
co-gestion, le rôle d’une association comme TRANS’CUB est d’autant plus important pour porter l’exigence de l’intérêt général.
Il nous apparaît ainsi que des instances telle que la commission de consultation des usagers des services publics ne soit pas de simples chambres d’enregistrement
mais que chaque partie prenante (élus, associations…) y joue un rôle actif et responsable.
Il nous semble important enfin que les élus de la CUB acceptent un dialogue constructif avec les associations chaque fois qu’elles ont fait la preuve de leur
compétence et de leur responsabilité.
(Interview réalisée par Christiane MARIDAT et Brigitte MESSAGER)
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