Anéantie par le trop-plein de vulgarité morale qui submerge les journaux d'information tous médias confondus, j'ai cessé depuis des semaines de m'intéresser à
l'actualité. Je n'en
perçois
que des échos, tous pires et plus affligeants les uns que les autres. Plus possible de supporter la vision ni la voix de Sarkozy et de sa clique. Et je ne suis pas la seule. Beaucoup d'amis
autour de moi se détournent même des infos sur France Culture... Et je me sens malheureuse. Comme exilée sur une île déserte dans un film de Bergman.
Comment adhérer à un parti politique et ne plus pouvoir se sentir en liaison avec la Chose politique ? C'est une position insupportable et vraiment culpabilisante. Certains ricanent lorsque je dis m'être réinscrite au PS. Certes, il est tout à fait ridicule aujourd'hui de soutenir un parti aussi piteux et devenu insignifiant devant le rouleau compresseur sarkozien. Mais il est encore plus ridicule de se morfondre, de bougonner les bras ballants en attendant que « ça » passe. Notre rôle et nos moyens sont modestes. Mais c'est un petit rien qui fait tout. Toute la différence. Alors ne laissons pas en sommeil notre capacité d'échanger et d'exprimer notre colère. Colère de voir se mettre en place un système médiatique totalitaire.
Un appauvrissement organisé de la pensée et de tout sens critique. Une dégradation systématique du regard et de la curiosité...
Colère de voir saccagés le service public, la culture, l'éducation.
Pourquoi, en contrepartie, si peu de mobilisation autour des lycéens, des étudiants qui descendent par petits groupes dans la rue ? Pourquoi si peu d'échos aux drames qui sont rapportés ici ou là sur Internet (chiens, rafle dans les écoles...), sans parler de la situation désespérante que vivent certains profs (dans des zones sensibles ou même pas) : j'ai entendu récemment le témoignage d'une jeune prof de français qui, les larmes aux yeux, racontait son impuissance devant des élèves qui, par provocation, se tailladent les veines pour souiller leur copie ou n'hésitent pas à se masturber ouvertement pendant les cours... et sa solitude face au silence de ses collègues qui craignent pour leur poste ou l'absence de soutien du proviseur qui craint tout tapage médiatique... Des exemples, il y en a certainement d'autres : profs insultés ou agressés dans des boîtes privées, ou carrément culpabilisés par leur directeur d'établissement d'abord soucieux de ne pas déplaire aux parents parce qu'« ils paient »...
Qu'en dit-on sur la place publique ? Des soupirs, des haussements d'épaule fatalistes. Et puis plus rien.
La violence des faits rapportés n'est rien face à la violence du long silence qui les suit.
Nous vivons dans une société qui dévale une pente et entraîne dans sa chute les valeurs d'un authentique humanisme voué à disparaître dans l'obscurité d'un magma d'indifférence.
Je ne suis pas bouddhiste, je ne suis pas zen. Je n'ai pas la sagesse des singes chinois. Et ma colère ne peut pas être tranquille. Mais qu'en faire ? L'enfermer dans un bocal et taper dessus pour faire de la musique ? Le pire, c'est que je sais que nous sommes nombreux à vouloir crier. Mais les révoltes éparpillées restent inaudibles. Les convictions de gauche qui nous lient sont un ciment, ne le laissons pas tourner à vide dans la machine. Si nous donnons des exemples de paroles, d'opinions, de témoignages martelés tous les jours, tout le temps, nous parviendrons peut-être à sensibiliser, concerner cette foule de sympathisants hyper sceptiques et effrayés par le spectacle lamentable du PS, pour leur donner à penser qu'ils peuvent aussi avoir voix au chapitre et, qui sait, se motiver pour s'engager un peu plus...
Alors, les copains, ne pensez-vous pas qu'il serait temps de réactiver le
blog, occuper le terrain à notre façon, pour que notre petite voix se joigne à d'autres et recommencer à jouer aux Indiens qui envoient des messages dans le ciel ?
Véronique pour Bordeaux Avance
Commentaires Récents